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Èwou ç’ qui ça finit drole.

Nous avons assisté, du lundi 20 au samedi 25 novembre, en la salle du Théâtre communal de Ciney, au 27e Festival de Théâtre wallon. Pour notre part, c’était le 20e, d’abord au jury ou sur la scène, puis dans le public. Soulignons encore une fois l’importance d’un tel événement qui a drainé quelque 2200 personnes vers la capitale du Condroz. D’une année à l’autre succès ne se dément pas.

Le Royal cercle wallon andennais (85 ans cette année) ouvre le bal avec « Li canari da matante » du Purnodois Edmond Jauquet. Un canari à maintenir en vie et en bonne santé sous peine de perdre le plantureux héritage de ladite matante. La bière de Purnode (et d’Andenne) tient aussi la vedette de cette comédie. Les acteurs principaux, la tante, et le mari de sa nièce chez qui elle vient habiter, se livrent à des numéros parfois un peu excessifs qui déclenchent des cascades de rire. Néanmoins Danielle Joyeux et Éric Rasquin méritent la citation. On confondra un moment les remèdes de la tante et ceux du canari mais tout rentrera dans l’ordre. Belle composition du notaire qui s’exprime dans un français suranné, Philippe Guillaume, qui signe aussi la mise en scène. Débuts méritoires du jeune Hugues Beaujean dans le rôle du vétérinaire.

Le mardi, la Compagnie namuroise Tine Briac présente « Li mèskène da Fifine », une comédie de Pol Petit qui mêle rire et sentiments. L’arrivée d’Edgard « ome à tote mwin » va bouleverser la vie des habitants de cette maison bourgeoise et arranger les problèmes en suspens. Le remarquable décor a été amené par la compagnie ; l’éclairage des découvertes permet un jeu de scène à l’arrière-plan. Belle mise en scène de Dominique Calozet et Dominique Liégeois. Toutefois les rouages ne sont pas encore tout à fait bien huilés. Nous avons trouvé d’assez mauvais goût la robe portée par Ginète, l’une des filles de Fifine, après sa métamorphose. Nous avons apprécié Coralie Dethier, dans le rôle de la fille d’Edgard, joué par Serge Tonneaux. Ce dernier, grand astiqueur de cuivres, fut excellent.

Vient le tour de « L’Amitié sauvenièroise » (région de Gembloux) qui interprète « Quî ç’ qu’a yeû ç’te idéye fole ? » de Christian Derycke. Une salle des profs ouvrant côté jardin sur le bureau de la directrice, sert de décor. En restreignant l’espace des tables et des chaises on aurait pu jouer davantage côté jardin où se trouvait une petite table avec un ordinateur. Échappés de la prison d’en face, deux détenus se mêlent au personnel, un moment protégés par les élèves, lesquels sont menés par une élève extrêmement chahuteuse et indisciplinée. Maurice Van Koekelberg, un des profs, et Élise Robert (l’élève très indisciplinée), se détachent au sein d’une distribution pourtant homogène. La mise en scène est de Roseline Renoir.

Le jeudi, « Lès Cis d’Okîr » (Ocquier) furent le maillon faible de ce festival. Christian Lomba voulut emmener ses compagnes et compagnons dans « Lès mamezulètes dèl vwèzène », une autre comédie de Derycke. Mais il était diminué par un tout récent accroc de santé, et la qualité du spectacle s’en ressentit. En outre, une actrice fut gravement trahie par sa mémoire à deux reprises. Nous voudrions toutefois citer Francine Hebrans dans le rôle de l’octogénaire Julia quoique qu’elle fût un peu trop maniérée, Joseph Cariaux, son fils, quoiqu’il fût un peu trop agité, ainsi que Marie Emplit, l’une des mamezulètes. La comédie raconte comment une ancienne dame de petite vertu ouvre sa maison, pour rendre service à une ex-collègue, à des mamezulètes du « Rodje Canåri », l’établissement voisin. Mise en scène de Daniel Georges.

La pièce atypique « Èl bourjwès djintilome » de Victor Gravy d’après Molière, déjà auréolée de prestige, interprétée par « Èl Bwèsse à Tèyâte » de Presles, clôtura le concours. Deux actes de 45/50 minutes, une succession de gags, de chansons ou d’airs classiques complètement « revisités », des intermèdes dansés, le tout prestement enlevé, avec pour vedette Victor Gravy dans le rôle du Bourgeois. Tout en étant loin de Molière, il semble qu’on n’en trahit pas l’esprit. Mais « l’intrusion » de ce genre de théâtre - qui tient de la comédie musicale -dans notre univers wallon habituel peut poser dès problèmes. Car pour fonder un « nouveau théâtre », il faut bien aller chercher des actrices et acteurs dans des troupes « traditionnelles ». Est-ce pour cette raison que Victor Gravy, dans le programme, engage le public à soutenir toutes les troupes de théâtre wallon ? Au sein du public en tout cas, lors des entractes, nous n’avons pas recueilli d’avis défavorable. La question reste : Faut-il mettre en présence dans un concours les deux formes de théâtre ? Personnellement, nous ne l’aurions pas fait. Signalons que nous avions vu la pièce à Couillet, le 10 décembre dernier pour le compte du GPRA et qu’elle était alors présentée par « Waltitude production et Riboul’dingues » de Couillet.

Après le spectacle du vendredi, comme l’an passé, les titulaires d’un abonnement, purent déposer dans l’urne leur bulletin de vote sous la forme d’une cotation sur dix attribuée aux 5 troupes ou spectacles.

Le samedi est traditionnellement consacré à la représentation dite « de gala » des vainqueurs de l’édition précédente, en l’occurrence « Lès Tchafieûs d’ Céle » (Celles-lez-Dinant) dans « C’èst todi li p’tit… » de Jean-Michel Delvaux, leur auteur attitré et metteur en scène avec Jeannine Delfosse pour ce spectacle. Et là se passe quelque chose d’inouï. La troupe qui a reçu en 2016 le prix du public, le seul désormais attribué lors du festival, a été critiquée à l’époque par un journaliste qui rend compte de celui-ci depuis son début. Nous avions pour notre part dans ces colonnes déploré ce choix du public. Et le spectacle qui nous est présenté – on s’en rend compte progressivement – est une charge contre ce journaliste. Cette charge culmine dans le 3e acte où le personnage principal, qui peint pour son plaisir, est durement critiqué par un « odieux personnage » (dixit le résumé de la pièce figurant dans le programme), un critique d’art, lors du vernissage de ses tableaux. Il ne se découragera pourtant pas et reprendra pinceau et couleurs. Et pour le spectateur qui n’aurait pas encore compris, l’auteur-metteur en scène après avoir présenté ses comédiens, fait allusion en wallon à ce qu’il considère comme un traitement injuste de la part de ce journaliste (sans le citer). Par ailleurs, il évoque, à juste titre la mémoire de Marco Pieltain, le metteur en scène de Dréhance, mort cette année, qui fut un des héros du festival. La pièce ne comportait pas vraiment d’intrigue ni d’action. Hervé Rondiat et Jeannine Delfosse ont tiré leur épingle du jeu. On a apprécié aussi Fabienne Devleeswouer, la voisine en recherche d’un amour masculin.

Puis vient, sans grand éclat, sans fermeture du rideau ni transition, la proclamation des résultats du vote du public : 8,716/10 pour le premier, « L’Amitié sauvenièroise », 8,714 pour le second qui n’est pas cité mais décrit comme adepte d’un théâtre nouveau. Il s’agit donc de « Èl Bwèsse à tèyâte ». Il nous revient que sans l’annulation de bulletins portant des « surcotations » le résultat eût été inverse. En tout cas, voilà un verdict qui va encore une fois alimenter les controverses. Comme nous l’avions dit l’an passé, il conviendrait de reformer un jury, tout en maintenant un prix du public. Mais c’est une autre histoire.

BL

Lauréats et membres du Cercle culturel de Ciney

Royal Cercle Wallon Andennais

L’Amitié sauvenièroise

El Bwèsse à Tèyâte

Compagnie Tine Briac

Tchafieûs d’ Céle

Lès Cis d’Okîr