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Festival de théâtre en wallon de Ciney (du 19 au 24 novembre 2018)

Le 28ème festival a donc eu lieu après une messe en wallon désormais traditionnelle, qui fut célébrée le samedi 17 en la collégiale du lieu. Celle-ci, qui avait subi les avanies de la tornade de 2010, avait retrouvé pour la circonstance des superstructures nouvelles et un bel éclat. C’est Warnant qui a ouvert le feu le lundi avec “ L’ardènète su l’ dîgue ”de notre ami Albert Scohy. À l’invitation et à l’instigation d’Aurore de Vallon Tourelle, ministre wallonne de la condition féminine et de la race porcine, Zénon Galant, lauréat d’un concours d’élevage, et Aldo Perverti, roi des combines, arrivent à Middelkerke dans un hôtel appartenant à la Région wallonne. Un Flamand, grand producteur de lait, Djef Van Cranebroeck, parvient à s’y faire admettre lui aussi. La Région, en recherche d’économies, a réduit le personnel de l’hôtel. Dans cette comédie, ce sont ces trois personnes qui tiennent le haut du pavé, soit, dans l’ordre, Claude et Christian Carly et Pierre Goffioul. Certaines voix féminines ont du mal à se faire entendre. La pièce, mise en scène par Christian Carly, participe au GPRA mais elle est ici en rodage, car il y a de la lenteur et l’un ou l’autre cafouillage. La Compagnie Tine Briac joue le mardi “ Lès surprîjes do divôrce ”d’Alexandre Bison et Anthony Mars, adaptation en wallon namurois par David Delrée, dans une mise en scène de Dominique Calozet et Dominique Liégeois, avec un beau décor comportant une découverte sur l’extérieur. Ce décor est d’ailleurs modifié pour les 2e et 3e actes. On signalera qu’un hommage fut rendu à Michel Trussart, leur décorateur, disparu cette année. C’est l’histoire d’un auteur de théâtre, du moins au 1er acte, qui va tomber de Charybde en Scylla en matière de belle-mère, allant jusqu’à les cumuler en son domicile. Serge Tonneau (Charles) livre une prestation extraordinaire et sans faille, malgré l’importance de son rôle. Une très jeune soubrette vient faire baisser la moyenne d’âge tant il est vrai qu’il est parfois difficile de marquer les écarts d’âge par le maquillage, le vêtement ou les attitudes. Le premier Derijcke est joué le mercredi par Lès novias Nutons de Flavion (Florennes), une troupe créée en 2000 mais qui a fait du chemin. C’est “ Trwès c’èst d’ trop ” dans l’adaptation du regretté Henry Rase. Histoire d’un marchand de chaussures qui attend la visite du contrôleur des contributions. Ce marchand a perdu la mallette contenant ses documents fiscaux, et, répondant aux supplications de sa fille, il a engagé deux SDF au noir. Spectacle remarquable, prestement enlevé, comportant de nombreuses disputes et bagarres si savamment réglées qu’on en oublie l’artifice. Sortent du lot dans ce bel ensemble, Roger Delobbe (le marchand) et Robert Talmasse (le SDF masculin). On attendait le jeudi la Compagnie royale Les Échos de Naninne, ancien vainqueur, sans son acteur fétiche Benoît Hubert. La troupe revenait après plusieurs années. Elle avait choisi “ On drôle di monastère ”, adaptation en wallon namurois par Christian Carly de “ Au paradis dès nwartès glinnes ” de Christian Derijcke. Une représentante du Ministère de la Justice vient proposer au Père Abbé d’héberger des détenues porteuses du bracelet électronique. En l’absence du Supérieur et d’une partie de la communauté partis à Rome, le Père Abbé accepte finalement. Ces détenues seront déguisées en religieuses et vont provoquer situations cocasses et quiproquos jusqu’au retour du Supérieur. Le public rit d’un bout à l’autre. À un moment donné, on voit apparaître un personnage poudré et vêtu de blanc, doté d’une auréole lumineuse, l’ange-gardien du Supérieur, son inséparable, qui l’accompagne sans parler. C’est Benoît Hubert, l’acteur fétiche, qui reparaîtra lors du salut final, harnaché, soulevé dans les airs, puis redescendu tel un “ deus ex machina ”. Si nous avons bien ri et remarqué la belle prestation d’ensemble, nous avons toutefois noté les incohérences du décor ou celle des chaussures portées par les moines. Victor Gravy et les siens étaient inscrits cette année encore. La compagnie Èl bwèsse a téyâte de Presles a interprété le vendredi “ Èl tin dès cèréjes ”, comédie en deux actes de Patrick Chaboud, nous dirons, revisitée par Victor Gravy, lequel transpose les événements de la Commune de Paris (1871) en ceux de grèves du Pays noir de l’époque 1886-1892. Le décor comporte, côté jardin, l’auberge des époux Thénardier (Georges Volral – Céline Gravy) de Victor Hugo dans Les Misérables (1862), et, côté cour, des barricades. Baboute (Marie Vande Pontsele), marchande de saurets, est entraînée dans l’aventure théâtrale par un metteur en scène un peu illuminé, Henri Polycarpe Arcade Rustic de la Botte (Victor Gravy), qui veut monter un spectacle à même les barricades et qui le jouera avec ses acteurs jusqu’à la mort. Sur scène aussi un personnage au passé trouble, Léonard Mourbais, (René Henaux) qui a réussi à s’introduire dans la bourgeoisie et dans la troupe d’Henri. Il y a de nombreux autres rôles plus petits mais interprétés de manière non moins convaincante. D’emblée le spectateur est accueilli dans la salle par les actrices et acteurs proposant un journal ou un sauret et faisant déjà de la salle un lieu de spectacle. Dans le spectacle lui-même on retrouve parodie, second degré, anachronisme recherché, notamment par des insertions musicales ou chantées. Les actrices et acteurs vont d’un élément du décor à l’autre. Des effets techniques spectaculaires agrémentent les péripéties. Un autre théâtre. Est-il plus authentique par l’usage du dialecte ? Seulement voilà. Le public est venu pour rire et le titre de comédie semble ici un peu usurpé. Des spectatrices et spectateurs feront défection au second acte. Certains auraient coté “ Èl bwèsse ” et ses “ cèréjes ” zéro dès le lundi. Pour notre part, nous ne les avons pas cotés car si ce spectacle mérite amplement d’être vu, il « dépare » (sans méchanceté aucune) dans ce festival qui est – à tort ou à raison – celui du rire. On l’a déjà constaté dans un passé très lointain quand une troupe fut invitée à jouer “ Nêt d’angouche ” de Armand Deltenre pour compléter l’affiche. Nous avions coté Flavion et Naninne ex-aequo par 8.5. Et c’est le second qui vainc le premier au dépouillement des bulletins de vote des abonnés (plus de 300) avec un écart minime de 0,224 point. Nous étions à Remicourt pour le GPRA le samedi et n’avons pu assister à la soirée de gala. L’Amitié Sauvenièroise (Gembloux), lauréate en 2017, a présenté le 3e Derijcke de la semaine “ Qwè pinsez, Monsègneûr ” ? (Adaptation en namurois de Jules Goffaux). On connaît la trame de cette comédie qui narre les péripéties provoquées dans une famille recomposée par le retour du Guatémala où il est missionnaire depuis 20 ans, de l’oncle de la dame qui avait célébré son mariage en son temps. Nous avons lu que la prestation lors du gala, sans être mauvaise, ne fut pas à la hauteur de celle du concours, en 2017.

Mercredi seniors

Et le Centre culturel continue à apporter sa contribution au théâtre en wallon, en programmant un spectacle, dès ce mercredi 28 novembre. Les “ après-midi seniors ” se poursuivront par 5 autres pièces du mercredi 13 février au mercredi 8 mai.

Les plaîjis do dîmègne

Ajoutons que Fénawal (Fédération namuroise de l’Union) a repris l’organisation des spectacles wallons du dimanche au Cinex (Salle Nicolas Bosret) à Namur, une organisation qui était assurée par l’ASBL “ Li Chwès ” aujourd’hui dissoute. Le spectacle a continué et continue donc sous l’intitulé “ Lès plaîjis do dîmègne ” les dimanches 13 janvier (“ Quéne planète ”d’André Deflorenne par l’Union de Faulx-Les Tombes), 10 février (“ Ni t’énêrve nin, c’è-st-on tango ” de Marius Staquet par Li Soce dès Falîjes di Namètche), 3 mars (spectacle non encore déterminé), et 7 avril (“ Tchèssî dins l’infier ” de Charles Istace par Lès djon.nes Tchats de Vodecée).

BL

Légende photo 1 : La Compagnie Tine Briac de Namur

Légende photo 2 : Presles - Thénardier (G. Volral) et Mourbais (R. Henaux)

Légende photo 3 : Les Échos de Naninne lauréat 2018